Maladies rares

Les ichtyoses

Qu’est-ce qu’une ichtyose ? Une ichtyose est une maladie chronique de la peau qui se caractérise par la présence à la surface de la peau d’une quantité excessive de « pellicules de peaux mortes » que l’on appelle des squames. Les squames recouvrent généralement l’ensemble du corps. L’aspect des squames peut être différent selon les formes d’ichtyose : squames épaisses et de couleur sombre ou squames plus fines et plus blanches. Certains patients présentent également une rougeur plus ou moins intense de la peau. Le plus souvent il n’existe pas d’autre anomalie que celle de la peau.

Quelle est l’histoire de l’ichtyose ?

L’ichtyose est souvent présente à la naissance. Dans ce cas, la peau du bébé peut présenter sous différentes formes.
Tout d’abord la peau peut-être rouge et recouverte de fines squames blanches (érythrodermie ichtyosiforme). Cet aspect persistera habituellement inchangé tout au long de la vie. Rarement, certaines formes peuvent s’améliorer avec l’âge.
Le bébé à la naissance peut aussi présenter un aspect de « bébé collodion ». Dans ce cas, le nouveau-né est enveloppé d’une membrane rigide, tendue et brillante. Au niveau du visage, cette membrane attire les paupières vers l’extérieur (ectropion), ce qui empêche l’œil de se fermer complètement. Les lèvres sont également attirées vers l’extérieur de la bouche (eclabion). Les doigts et les orteils sont repliés et enfermés dans cette membrane. Les mouvements du bébé peuvent être diminués par cette membrane qui rigidifie les articulations. Les bébés collodions doivent être hospitalisés en néonatologie en raison d’un risque de complications graves (infection, déshydratation). Cet état de bébé collodion est transitoire. En effet, en quelques semaines la membrane va se fissurer et disparaître. La peau prendra alors soit un aspect d’érythrodermie ichtyosiforme, soit un aspect d’ichtyose lamellaire, soit une forme intermédiaire. Lorsque le patient n’a pas connaissance de l’aspect qu’avait sa peau à la naissance, on peut savoir qu’il s’agissait d’un bébé collodion si le tour de l’oreille (pavillon) n’est pas bien régulier.
Un petit pourcentage de bébés collodions va guérir ou ne conserver qu’une simple peau sèche.
A côté de ces ichtyoses présentes à la naissance, certaines ichtyoses peuvent apparaître un peu plus tard dans l’enfance.

Quelles sont les complications possibles de l’ichtyose?

L’ichtyose a un retentissement important, voire souvent majeur sur la qualité de vie, et ceci au travers de symptômes chroniques qui perturbent les activités quotidiennes et la vie sociale, comme le grattage, l’aspect très affichant et très inesthétique des lésions et la perte de squames. En raison du caractère visible des lésions, les patients sont confrontés à des réactions psychosociales négatives de la part de l’entourage. Il existe également très probablement un impact de cette maladie sur la productivité au travail, la vie sexuelle et la survenue de phénomènes dépressifs.
Les facteurs aggravants l’ichtyose sont la chaleur et le sport car ils provoquent ou aggravent les fissures. La présence de fissures peut être responsable de douleurs qui empêchent parfois la marche ou les gestes de la vie courante.
L’ichtyose peut s’améliorer l’été et s’aggraver l’hiver en raison de la température.
Il existe une intolérance à la chaleur avec parfois des malaises. Certains patients sont très frileux.
La peau peut présenter des épisodes de surinfections qui peuvent augmenter les sensations de grattage, occasionner des douleurs et des écoulements parfois malodorants.
Dans les ichtyoses sévères, il peut exister une raideur de la peau qui entraîne une impossibilité à étendre totalement les articulations. Les gestes fins effectués avec les mains peuvent être gênés.
 Il peut exister une baisse de l’audition due à des bouchons formés de squames dans le conduit auditif.

Quelles sont les différentes formes d’ichtyose ?

- L’ichtyose vulgaire
C’est la plus fréquente des ichtyoses (une personne sur 250) et aussi la moins sévère. L’ichtyose n’est pas présente à la naissance mais apparaît dans les premiers mois ou années de vie. Cette ichtyose est associée à un risque de développer des maladies allergiques telles que l’eczéma atopique ou l’asthme. Elle se présente sous la forme de squames superficielles de petite taille prédominant sur les jambes et qui sont plus prononcés l’hiver. On note une accentuation de la présence des plis au niveau ces paumes et des plantes.

- L’ichtyose liée à l’X
C’est la seconde ichtyose en termes de fréquence. Elle n’atteint que les garçons en raison de son mode de transmission. Les lésions peuvent être visibles à la naissance ou apparaître dans les 1ers mois de vie. Les squames sont sombres (brunes ou grises), larges et prédominent sur les membres. Elles n’atteignent pas le visage et généralement les plis ne sont pas non atteints.

- L’ichtyose bulleuse
Il s’agit d’une maladie qui porte le nom d’ichtyose mais qui n’en est pas réellement une car il n’y a pas de squames. A la naissance les enfants présentent des bulles et des décollements sur la peau (comme des brûlures) qui vont s’atténuer avec le temps. Puis la peau s’épaissit et prend un aspect rugueux et une coloration brune.

- Les ichtyoses congénitales non bulleuses
 Elles sont présentes à la naissance. Il s’agit le plus souvent d’ichtyoses sévères.
On utilise le terme d’ichtyose lamellaire lorsque les squames sont épaisses et sombres, et le terme d’érythrodermie ichtyosiforme quand la peau est rouge et recouverte de squames fines. Cependant, toutes les formes intermédiaires existent et dans ce cas il n’existe pas de terme pour bien décrire l’aspect de l’ichtyose.
Les lésions atteignent tout le corps sauf dans le cas des ichtyoses lamellaires « en pourpoint » qui sont des formes rares dans lesquelles les squames sont limitées au tronc et au cuir chevelu. 

- Les ichtyoses « syndromiques »
Ce sont des formes très rares dans lesquelles il existe des anomalies d’autres organes que la peau. Elles comportent en autre le syndrome de Nétherton, le syndrome de Dorfman – Chanarin, le syndrome de Sjoëgren-Larsson, la trichothiodystrophie.

A quoi est due l’ichtyose ?

 L’ichtyose n’est pas liée à un problème d’infection et n’est donc pas contagieuse. L’ichtyose est due à une anomalie génétique (anomalies des gènes). Les gènes déterminent nos caractéristiques (couleur des yeux, maladies etc) qui sont transmises de génération en génération. Les gènes sont formés d’ADN qui est comme un long texte formé de la répétition des 4 lettres : A, T, C, G dans un ordre précis. La disparition, l’ajout ou le changement d’une seule lettre (mutation) peut être à l’origine d’une maladie génétique en interrompant le fonctionnement normal du gène. L’ADN est enroulé en double hélice sur des bobines appelées chromosomes. Chaque cellule de l’être humain contient 46 chromosomes, regroupés en 23 paires. La 23ème paire est constituée des chromosomes dits sexuels : les hommes présentent un chromosome X et un chromosome Y (XY), les femmes, 2 chromosomes X (XX). Les gènes se présentent par paires : une copie héritée de la mère et une copie  héritée du père.
L’ichtyose est une maladie monogénique, ce qui veut dire que pour une ichtyose donnée l’anomalie ne porte que sur un seul gène. Cependant, selon les formes d’ichtyose et selon les patients, le gène responsable est différent. Plus de 10 gènes sont connus à ce jour pour être la cause d’ichtyose (Tableau 1). Il reste encore des gènes responsables d’ichtyose qui n’ont pas encore été découverts à ce jour. Ces gènes contrôlent la formation de composants essentiels à l’élaboration d’une peau normale.

Plusieurs types de transmission des maladies génétiques sont possibles :

- Transmission autosomique récessive, c’est le cas de figure le plus fréquent dans l’ichtyose. Le mot «autosomique» signifie que le gène en cause se trouve sur un des autosomes (paires de chromosomes 1 à 22). Les maladies à transmission autosomique récessives se présentent lorsque les 2 copies d'un gène ont une mutation. Les parents d'une personne qui a une maladie à transmission autosomique récessive sont en général tous 2 porteurs et ont la mutation sur une seule copie du gène, mais ils n’ont pas la maladie ni le caractère. La probabilité que 2 personnes d'un couple soient toutes 2 porteuses et aient un enfant ayant le caractère ou la maladie est de 1 sur 4 (soit 25 %). La probabilité qu'un de leurs enfants soit porteur est de 1 sur 2 (soit 50 %), tandis qu'un de leurs enfants a une chance sur quatre (25%) de ne pas hériter de mutation.

- Transmission autosomique dominante, c’est le cas de l’ichtyose vulgaire et de l’ichtyose bulleuse. Les maladies à transmission autosomique dominante se manifestent lorsqu'un gène d'une paire a la mutation. Un des parents de la personne ayant la maladie aura également la maladie (sauf dans les rares cas où une nouvelle mutation est survenue). La probabilité qu'une personne ayant une maladie ou un caractère dominant transmette la même maladie ou le même caractère à son enfant est de 1 sur 2 (soit 50%). Il y a donc une chance sur 2 (50%) qu'elle ait un enfant qui n'ait pas la maladie.

- Transmission récessive liée à l’X, c’est le cas de l’ichtyose liée à l’X. Les femmes transmettent la maladie mais n’ont pas d’ichtyose, seuls les garçons sont atteints. En effet, la femme a un autre chromosome X qui peut encore faire le travail. Par contre, l’homme qui hérite d'une mutation récessive sur son chromosome X aura la maladie parce qu'il n'a pas d'autre copie de ce gène qui peut prendre la relève.

Comment fait-on le diagnostic d’une ichtyose ?

Le diagnostic d’ichtyose ne nécessite aucun examen particulier car l’aspect de la peau est spécifique.
Par contre, s’il l’on souhaite connaître la forme d’ichtyose dont est atteint le patient, il est nécessaire de réaliser des examens spécialisés. Ceci est important pour la prise en charge du patient et pour faire avancer la recherche. Ceci est indispensable également à la réalisation éventuelle pendant une grossesse d’un diagnostic prénatal. Cependant, à ce jour ces examens sont peu réalisés car ils sont longs, couteux et faits uniquement dans des centres spécialisés comme les centres de Référence ou les laboratoires de recherche. Il peut s’agir de prélèvements de cheveux, de sang ou de peau qui recherchent des signes particuliers de la forme d’ichtyose.  Le diagnostic de certitude repose sur les tests génétiques. Ces derniers consistent à analyser les chromosomes ou l'ADN d'une personne afin d'y déceler des changements particuliers. Les tests génétiques sont très spécifiques et permettent uniquement d'examiner un gène à la fois. Il n'y a pas de test génétique universel permettant d'examiner tous les gènes d'une personne.

Quels sont les traitements de l’ichtyose ?

Il n’existe malheureusement à ce jour aucun traitement qui permette de guérir une ichtyose quelque soit sa forme. Les traitements disponibles permettent de diminuer les squames et d’améliorer le confort cutané et l’aspect de la peau.
Ces traitements peuvent être divisés en traitement locaux (crèmes et pommades) et traitements systémiques (sous forme de comprimés).

 Les traitements locaux comprennent des crèmes hydratantes simples ou dans lesquelles sont ajoutées des agents qui vont permettre de mieux détacher les squames et que l’on appelle des kératolytiques (urée, acide salicylique). Ces traitements locaux ont l’inconvénient d’avoir une efficacité limitée et d’être contraignant. En effet, ils doivent être appliqués 1 à 2 fois par jour et laissent sur la peau un film gras. Parmi ces traitements locaux, seuls les préparations magistrales et le DexerylR sont remboursées en France.

 Les traitements par voie générale :
Il n’existe à ce jour qu’un seul traitement systémique qui est: le SoriataneR (acitrétine). Ce médicament appartient à la famille des rétinoïdes. Il s’agit d’un médicament efficace mais qui a des effets indésirables. En effet, ce médicament peut entraîner des anomalies du foie ou des lipides sanguins, ce qui justifie d’un suivi biologique. Chez l’enfant, s’il est utilisé à très forte dose il peut avoir des effets indésirables sur les muscles ou les articulations. En cas de traitement prolongé il pourrait aussi y avoir un risque d’ostéoporose (fragilisation osseuse) à l’âge adulte.
Ce médicament n’est pas adapté au traitement de la femme jeune car les grossesses sont interdites pendant le traitement et pendant les 2 années qui suivent en raison d’un risque de malformations graves chez le bébé. La contraception doit donc impérativement être associée chez la femme en âge de procréer.
 Une crème contenant des rétinoïdes est en cours d’étude et pourrait être prochainement disponible dans l’ichtyose.
 Les cures thermales peuvent améliorer l’état de la peau, avec peut-être un effet qui se prolonge au-delà de la cure.
 L’avenir consiste en la recherche de traitements permettant de corriger l’anomalie qui est la cause de l’ichtyose (remplacement de la protéine manquante par exemple) ou sur la correction des conséquences de cette anomalie, voire sur la thérapie génétique. La thérapie génique est une stratégie thérapeutique qui consiste à faire pénétrer des gènes dans les cellules ou les tissus d'un individu pour traiter une maladie.

Documents utiles sur le thème de l’ichtyose :

Le guide pratique pour les adolescents et jeunes adultes

 

Prise en charge de l'ichtyose au CRMRP

 

Maladie de peau et handicap

 

Baking Soda Bath

 

Déremboursement Dexeryl

 

 

Fiche pratique

Fiche soriatane

Rubrique questions-réponses

QUIZZ Ichtyose

Remboursement des soins locaux

Fiche Cure

Témoignage

L'ichtyose bulleuse

Livret d’informations sur les démarches auprès des Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH)

 

L'équipe travaille en étroite collaboration avec l'AIF (Association Ichtyose France), et donne des présentations à leur assemblée générale annuelle. La plupart des livrets fournis par cette association ont écrits par ou en collaboration avec les soignants.

Vous pouvez également visiter le site de l'association européenne ENI (European Netowrk for Ichthyosis), et échanger avec d’autres personnes atteintes d’ichtyose sur le réseau social électronique facebook.

Enquête nationale sur la prise en charge de l’ichtyose en France :

Le Centre de Référence de Toulouse a initié et coordonné cette enquête au printemps 2010. Le but de cette enquête était d’évaluer la prise en charge globale (médicale, thérapeutique, psychologique, sociale…) des patients atteints d’ichtyose en France, et ce afin d’identifier les carences de prise en charge et de recueillir les attentes des patients.
Pour cela, un questionnaire a été élaboré par l’équipe du Centre de Référence de Toulouse, en collaboration avec l’ANIPS (Association Nationale des Ichtyoses et Peaux Sèches Pathologiques) et le Groupe Français de Recherche en Dermatologie Pédiatrique (GRDP). Ce questionnaire recueillait les données relatives à la prise en charge du patient, la vie au quotidien, au travail / à l’école et la qualité de vie.
Les questionnaires ont été envoyés à la fois aux membres de l’ANIPS et aux patients suivis dans les services de Dermatologie de Bordeaux, Dijon, Marseille, Montpellier, Nancy, Nantes, Nice, Paris (Hôpital Saint Louis), Rennes, Toulouse et Tours.
492 questionnaires ont donc été envoyés et 234 patients (171 adultes, 63 enfants) ont répondu (taux de réponse : 47,6%). L’analyse des réponses a permis d’identifier plusieurs carences de prise en charge et a également mis en évidence une très forte demande d’information de la part des patients. Les données de qualité de vie ont mis en relief une qualité de vie très altérée pour près d’un tiers des patients interrogés. Les résultats complets figurent dans le document ci-joint.
Cette enquête nationale a été sélectionnée pour le congrès français de Dermatologie (Journées Dermatologiques de Paris (JDP)) qui aura lieu à Paris en décembre 2010. Une publication est également en cours d’écriture pour ce travail. 

Résultats de l'enquête